Osamu TEZUKA est souvent associé à un univers enfantin, de par son trait rond et son humour léger, « MW » est son parfait opposé. Réalisé entre 1976 et 1978, le titre ne comporte aucune trace d’humour et l’ambiance se veut adulte, sérieuse et cruelle. Ce choix se confirme par les deux antagonistes principaux du récit. Leurs dualités seront mises à l’honneur confrontant ainsi leurs psychologies complexes et torturées.

Commençons par Yuki, sociopathe sans état d’âme, il peut tuer sans aucun sentiment. C’est un fou dangereux qui d’apparence à tout de l’être humain normal. Il travaille, séduit les femmes et cherche à évoluer naturellement dans son monde. Très intelligent, il semble conscient de son état et l’assume pleinement. Il est manipulateur et n’hésite pas à user de ses talents si le besoin s’en ressent. Filiforme avec des traits efféminés, il peut facilement se travestir pour tromper ses proies. Ce comportement cruel est dû à la conséquence des effets d’un gaz mortel nommé le MW qui le changera indéfiniment. 

De l’autre côté nous avons Garai, devenu prêtre catholique pour sauver son âme. Il se sent concerné du sort de Yuki et cherche à le sauver de son triste destin. Il était présent lorsque le gaz a fait ravage, mais il n’a jamais eu de séquelles. Le secret qu’il porte est son homosexualité refoulé et l’attirance charnelle qu’il a pour Yuki. D’ailleurs ce dernier jouera de la situation pour le manipuler et le mettre dans des situations délicates car Yuki semble tramer un plan démoniaque.

« MW » est un manga particulier, via le choix atypique de la religion de Garai et son orientation sexuelle. Le christianisme a toujours été minoritaire dans l’archipel, sans parler des antécédents historiques qui ont vu cette croyance bannie. L’homosexualité, quant à elle, est interdite par la chrétienté et très fortement réprimandée par des discours homophobes du Parti gauchiste de cette époque. Ici l’auteur brise deux tabous en réalisant une œuvre basée sur ces éléments. Même de nos de jours c’est osé, imaginez dans les années 70.

Fidèle à lui-même, TEZUKA en profitera pour glisser subtilement, lors de conversations, quelques points fondamentaux de la religion chrétienne (foi, prière, refus de la tentation, vœux de célibat…). Il utilisera plusieurs images bibliques pour illustrer le péché interdit ou l’acte sexuel prohibé.

Les armes chimiques, qui ont transformé Yuki, seront un sujet de dénonciation de l’auteur. En plus d’être inhumaine, ces armes modernes peuvent détruire tout être vivant sans aucune distinction. Cette époque se voit noircie par les guerres du Vietnam et du Laos. En dénonçant les capacités meurtrières de ces armes, le mangaka fait passer un message pacifiste et humaniste en questionnant l’homme et son rapport à cette violence froide.

Il critique la présence militaire américaine dans des bases dédiées, sans contrôle de l’État Japonais, ainsi que leur rôle essentiel dans la guerre et par extension l’utilisation de la bombe atomique. La folie et la froideur de Yuki ne sont que des dommages collatéraux de ces armes. Au final Yuki n’est qu’un « innocent » que la course à la guerre a transformé en monstre.

L’auteur dénonce aussi les abus de son propre pays en parlant du système bancaire sans état d’âme, de la corruption des hommes politiques ou encore du rôle important des médias pour réveiller la population amorphe face à tous ses abus.

Dans ce manga, TEZUKA est en grande forme et nous offre un récit haletant, montant en intensité, couplé à un contenu extrêmement généreux. L’histoire jongle entre plusieurs genres passant de l’action, au policier, au thriller, ou encore à l’espionnage (Garai étant fortement inspiré de Duke Togo de Golgo 13). Ces changements d’ambiance sont naturels et dynamisent le récit.

La folie de Yuki n’a pas de limite et les cas de conscience se multiplieront pour les protagonistes et le lecteur. Le mangaka ne semble pas avoir de limite éditoriale et réussi à développer ses personnages sans restriction et cela se ressent. Certains passages peuvent être assez durs psychologiquement comme la mort d’un enfant sous la torture ou des scènes d’agressions sur des femmes. Une question reste à l’esprit, jusqu’où cette folie ira ?

Côté graphisme c’est un dessin mûr et affirmé qui cassera l’image enfantine du maître. Le manga baigne dans une ambiance très années 70 et les personnages sont dans des proportions réalistes, tout comme le rendu des décors. L’auteur jouera sur l’agencement des cases et la mise en page, mais l’expérimentation reste sage. TEZUKA utilise peu de facilités scénaristiques, mais on peut noter l’aisance de travestissement de Yuki qui peut usurper l’identité de plusieurs personnes.

Ce sont les Éditions Tonkam qui ont publié cette œuvre en trois volumes, dans un format classique (env. 12x17cm) avec une jaquette amovible et sens français. L’édition est plutôt bonne pour son époque mais le papier à une tendance à jaunir avec le temps. En 2018 l’éditeur sort en grand format luxueux (env. 15x21cm) de 600 pages en sens original, une édition indispensable !

TEZUKA nous délivre ici une œuvre mature et aboutie. Il n’hésite pas à utiliser des thèmes encore tabous de nos jours et il en profite pour dénoncer les travers de la guerre et ses conséquences. Un manga trop peu mis en avant que l’on ne peut que recommander fortement.

漫画『MW』(手塚治虫作)レビュー by ジュリアン・ベルナール

手塚治虫は子供の世界と結びつけられることが多く、これは丸みを帯びた画風と軽いユーモアによるものだが、『MW』はまったく正反対だ。1976年~1978年に描かれた本作にユーモアは皆無で、雰囲気は大人っぽく深刻で残酷だ。このことは2人の対立する主人公からも明らかだ。彼らの二元性に焦点が当たり、複雑で歪んだ心理をさらけ出す。

まず結城(ゆうき)は心を持たないソシオパス(反社会的人間)で、何の感情も抱かずに人を殺せる。見た目はまったく普通の外見をした危険な狂人だ。彼は働き、女性を誘惑し、彼の世界の中で自然に成長している。非常に頭がよく、自分の状態を把握し、すべて受け入れているようだ。人を操るのがうまく、必要だと感じれば自分の才能を利用する。女性的な繊細な体つきのため、簡単に獲物をだませる。彼の残酷な性格は、MWと呼ばれる猛毒ガスによるもので、彼を際限なく変えてしまう。

もう1人は賀来(がらい)で、自己の魂を救うためにカトリックの神父になる。結城のことを心配し、彼を悲しい運命から救おうとする。ガスが漏れた時に彼も現場にいたが、影響を受けずに済んだ。彼には秘密があり、それは抑圧された同性愛と、結城への性欲である。結城はこの状況を利用して賀来を操り、自分が計画する恐ろしい計画のために、彼を複雑な状況に追い込む。

『MW』は特殊な漫画であり、これは賀来の宗教と性的指向が常識外れなためだろう。キリスト教は日本で常に少数派で、過去に起きた宗教弾圧は言うまでもない。同性愛に関してはキリスト教が禁止(*訳注:現在は同性愛を認める教会も増えているが、カトリックは公式に同性愛の行為・結婚を認めていない)しており、また、当時の左派政党が同性愛嫌悪を公言し強く批判していた。作者はこの2つの要素をベースに作品を描くことで、2つのタブーを犯している。現代でさえ大胆なのに、70年代を想像してみてほしい。

自分の信念を貫く手塚は、ここぞとばかりに、本作の中でキリスト教(*訳注:賀来がカトリックの神父のため、カトリックを指す)の基本的な点(信仰、祈り、誘惑への拒絶、独身の誓い…)について、会話を通じて繊細になぞっていく。聖書のイメージをいくつか使い、禁じられた罪や性的行為を描く。

結城を変えた化学兵器こそ、作者が糾弾しようとするものだろう。非人間的であるだけでなく、この現代兵器は生き物を無差別に滅ぼす。当時はベトナム戦争とラオス内戦で黒く塗られた時代だ。化学兵器の殺傷能力を糾弾することで、手塚は人間とこの冷酷な暴力の関係を問いながら、平和主義と人道主義のメッセージを送る。

彼は日本政府の治外法権であるアメリカ軍基地の存在を批判し、戦争における基地の重要な役割、長じて核兵器の使用まで批判する。結城の狂気と冷淡さは、この兵器による致命傷でしかない。結局、結城は戦争が化け物に変えた「無実の人」でしかないのだ。

また、作者は自国の悪習も告発しようと、銀行の非情さや、政治家たちの腐敗ぶり、あるいは、そうした悪習を前に無気力な人々を目覚めさせるためにメディアが担う役割の重要性も描く。

本作における手塚は真骨頂を発揮しており、息つく間もなく激しさが加速していく物語と、盛りだくさんな内容が一体となっている。そのジャンルはアクションから推理物、スリラー、さらにスパイ物(賀来は『ゴルゴ13』のデューク東郷を元に描かれている)まで網羅している。こうした雰囲気の変化は自然に行われ、物語に活気を与えている。

結城の狂気はとどまることがなく、良心の問題は主人公たちと読者にとって大きくなっていく。手塚は編集上の制約を受けずに、無制限に人物像を掘り下げて描いており、それが見て取れる。いくつかの場面は心理的に厳しいものがあり、たとえば子供が苦しんで死んだり、女性への性暴力の場面だ。この狂気はどこまで行くのかという疑問がつきまとう。

画風は成熟した堂々とした描線で、名匠の子供向けのイメージを覆すものだ。漫画は非常に70年代的な雰囲気に包まれ、登場人物はリアルな造形であり、舞台背景の設定も現実的だ。作者はコマ割りとレイアウトで遊んでいるものの、その試みは慎重に行われている。手塚は安易にシナリオの設定に頼ることをしないが、結城が変装の名手で、いろんな人物に成り代われるのは特筆すべき点だろう。

本作はトンカム出版(les Éditions Tonkam)から3巻に分けて、取り外し可能でフランス的な風合いのカバー付きで、通常のフォーマット(約12×17cm)で出された。当時としては良質なほうだが、紙は経年で黄ばむ傾向がある。2018年に、同出版から大判で600ページにおよぶ豪華版(約15×21cm)がオリジナルに近い形で出され、入手必須なエディションである!

手塚は成熟した完成品を世に出した。彼は今日ですらタブーとされているテーマを躊躇せずに扱い、戦争の汚点とその影響を告発する機会を逃さない。あまり注目されてこなかった漫画だが、心から強く薦めたい。

翻訳:岩辺いずみ

 

この記事が気に入ったら
いいね!しよう

最新情報をお届けします

Twitter でBadCats Weeklyをフォローしよう!