Synopsis :
Barbara est une jeune hippie désoeuvrée et alcoolique qui erre dans la gare de Shinjuku. Un soir, un inconnu la ramène chez lui. Cet homme, Yôsuke Mikura, est un célèbre et séduisant écrivain. Deux êtres opposés sont réunis pour une aventure à la frontière du fantastique.

En détails :
Osamu TEZUKA a su créer des histoires sur des thèmes atypiques comme le théâtre avec Nanairo Inko, L’Ara aux sept couleurs ou encore la musique avec Ludwig B. Cette fois avec Barbara, le maître s’attaque à l’Art et le monde qui l’entoure.

De l’antiquité à nos jours l’art perdure. Engagé, divertissant, ou même abstrait, il se concrétise sous diverses formes. Il évolue selon l’époque, au gré de l’inspiration et des influences de ses créateurs et peut être source de gloire ou de déclin. C’est ce que nous allons découvrir au travers de l’histoire de Yôsuke et Barbara.

Comme à son habitude TEZUKA ne perd pas de temps dans une introduction longue. En quelques pages il nous plonge dans un Tokyo des années 70 à l’atmosphère pesante. « La mégalopole avale les humains par millions, puis les rejette, à l’image de ces déjections : Barbara » c’est sur cette phrase choc que le manga démarre. De par ses propos dramatiques, les quelques scènes de nus ou encore la visite de certains clubs particuliers, l’oeuvre se destinera donc à un public adulte.

Barbara est présentée comme une jeune femme errant dans les rues, habillée tel un souillon alcoolique rejetée par la société. Récitant un poème de Verlaine, elle retient l’attention de Yôsuke Mikura, homme de lettres et auteur de romans à succès, qui la ramènera chez lui sans trop savoir pourquoi. Avec un tempérament sans gène, elle s’inscrutera et se comportera en bon parasite. De son côté Yôsuke doit cacher ses pulsions qui peuvent influencer sa carrière et devient victime d’hallucinations.

Entre les deux personnages s’installe une relation platonique malsaine, à chaque dispute Barbara se fera éjecter illico. Toutefois Yôsuke regrettera amèrement ses gestes, perdant l’inspiration à chaque séparation, elle est sa muse et sa présence revigore sa créativité. Il en est accro à en perdre la raison et doit fouiller la ville pour la retrouver.

Dans la première partie de la série, le manga ne semble pas afficher de direction claire, celui-ci a été dessiné en 1973 et 1974 entre Ayako et Shumari comme une pause entre ces deux gros titres. Sous un format épisodique, l’intention de l’auteur est de décrire « l’histoire d’un homme partagé entre une esthétique décadente et la folie ». Il installe un contexte à la frontière du fantastique qui se mélange aux hallucinations de Yôsuke, pour exemple ce dernier pensant draguer des femmes se rendra compte qu’il s’apprête à conclure avec un chien ou un mannequin en bois. L’auteur s’amuse à perdre le lecteur, flouttant régulièrement la fine ligne qui sépare réalité et fiction.

Le récit prend un tournant majeur lors de l’apparition de Mnémosyne la mère de Barbara (déesse de la mythologie grecque qui a ici l’apparence de la Vénus de Willendorf). Dès son apparition le récit change de ton, passant d’histoires mystérieuses à ésotériques voir occultes. L’auteur se fera un plaisir d’aborder différents rites mystiques comme la magie vaudoue, toujours en lien avec l’énigmatique Barbara…

Le mangaka a su, en ajoutant ce coté obscur, rendre l’oeuvre surréaliste faisant s’interroger le lecteur. Barbara est-elle une muse ou une sorcière qui apporte le bonheur ? Les rites et autres croyances magiques sont-ils réels ou source du délire de Yôsuke ? L’envie irrépressible de retrouver Barbara vient-elle d’un manque d’amour ou d’un besoin irrépressible d’assouvir sa créativité ? Autant de questions auxquels le récit répondra.

Comme TEZUKA l’indique dans un texte en fin de volume, « Barbara serait une allégorie de l’Art ». Le long voyage de Yôsuke sera l’illustration de la création artistique et des tourments qu’un artiste en proie au manque de créativité peut traverser, se raccrochant mordicus à sa source d’inspiration.

Au fil du récit l’auteur fera de nombreuses références et citations on retrouvera alors Verlaine, Baudelaire ou Hemingway parsemés avec une quinzaine d’autres noms dans l’histoire. Ces citations montrent à quel point le mangaka est friand des arts et souhaite le partager au travers de son oeuvre. D’ailleurs le récit lui-même est inspiré de l’opéra Les contes d’hoffmann d’Offenbach de 1881.

L’auteur conclura sur cette question : Comment juger une oeuvre ? « Finalement, la valeur d’une oeuvre dépend du lieu où elle est présentée et des efforts déployés pour attirer l’attention sur elle ». Une simple « croûte » pour certains sera considérée comme une toile de maître pour d’autres. Ainsi l’auteur remet en question le jugement d’une oeuvre, le succès, la popularité et la notoriété d’un artiste.

Le mangaka avait déjà abordé le sujet de la beauté avec le titre Alabaster. Dans Barbara, il réussit à apporter sa vision du monde artistique tout en ajoutant une part de mystère et de magie pour donner un récit dense et atypique. De plus l’auteur réussit à terminer son récit avec une fin parfaitement appropriée.

Dessin :
Le trait de l’auteur se veut réaliste au travers des décors et des émotions des personnages, pour exemple quand Yôsuke sera en proie aux hallucinations, le dessin se déformera avec un trait vacillant et tordu. Les perspectives changent et l’auteur joue avec les angles de vues et le découpage pour mieux représenter ses tiraillements intérieurs. Pour le reste c’est le dessin habituel de fin de carrière qui paraîtra vintage pour le lecteur d’aujourd’hui. Il est dommage que certaines proportions des personnages soit par moment bâclées.

Édition :
Ce sont les Éditions Delcourt sous le label Akata qui publie pour la première fois Barbara en 2005. L’édition se veut classique dans un format standard (env. 13x18cm). Le papier et l’impression sont de bonne qualité et résistent plutôt bien avec le temps. Les couvertures sont amovibles et restent dans la charte graphique de leur collection TEZUKA mais il faut avouer que le dessin choisi n’est pas très vendeur. Dans cette édition les onomatopées sont traduites et on y trouve la postface de l’auteur de 1982 ainsi que des clefs de compréhension utiles. C’est une excellente édition.

Pour les 90 ans de la commémoration de la naissance de TEZUKA Delcourt/Tonkam, profile de cette occasion pour rééditer l’oeuvre dans un volume unique cartonnée et grand format (env. 16x21cm). La jaquette est amovible, le tout accompagné d’un signet. Celui-ci reprend la traduction de l’époque avec quelques ajustements de lettrage. La nouvelle couverture aborde une spirale illustrant parfaitement le récit dans une charte graphique bien plus inspirée. C’est une édition ultime de qualité à se procurer absolument !

Conclusion :
Dans Barbara TEZUKA réussi en mettre en place une histoire profonde, occulte et traitant en toile de fond de l’Art, des artistes et de leurs inspirations. Il inclut de nombreux sous-thèmes dans un récit passionnant réalisé entre deux oeuvres importantes.

Auteur : Osamu TEZUKA
Dessinateur : Osamu TEZUKA
Traducteur : Jacques Lalloz
Titre original : Barubora

漫画『ばるぼら』(手塚治虫作)レビュー by ジュリアン・ベルナール

あらすじ
バルボラは無職でアル中の若いフーテンの女で、新宿駅をうろついている。ある夜、見知らぬ男が彼女を家へ連れて帰る。この男は美倉洋介という著名で魅力的な作家だ。真逆の2人が絡み合い、ファンタジーの辺境へ冒険に出る。

詳細
手塚治虫は風変わりな題材で物語を作ることで知られ、その代表に『七色いんこ』(L’Ara aux sept couleurs)の演劇や『ルードウィヒ・B』(Ludwig B)の音楽がある。今回の『ばるぼら』(Barbara)で、巨匠は芸術と、それを取り巻く世界に挑んでいる。

古代から現代まで、芸術は連綿と続く。心血を注がれ、時には楽しみとして、あるいは抽象的に、芸術は様々な形で具体化されている。時代と、創造主のインスピレーションと影響によって進化し、栄光や衰退の源にもなりうる。読者は洋介とバルボラの物語を通して、そうしたことを知るだろう。

毎度のことながら、手塚は長い前置きを省く。数ページで読者を70年代の重苦しい雰囲気の東京へと引き込む。「都会が何千万という人間をのみ込んで消化し、たれ流した排出物のような女――それがバルボラ」(*本文抜き)この強烈な一文で漫画は始まる。ドラマチックな内容で、裸も描かれ、特殊なクラブを訪れるシーンもあり、本作は大人の読者向けだ。

バルボラは街をうろつく若い女で、社会から見捨てられたアル中のアバズレらしい格好で登場する。ヴェルレーヌの詩を暗唱する姿が気になった美倉洋介は、文学界で作家として成功しているが、自分でもなぜか分からないまま彼女を家へ連れて帰る。バルボラには羞恥心などなく、彼の家へ住み着く。一方の洋介は衝動を隠すことで、彼のキャリアに傷がついたり、妄想の餌食にならないようにしていた。

2人の間には不健康なプラトニックな関係が築かれ、ケンカのたびにバルボラはすぐ追い出される。だが、洋介は別れのたびにインスピレーションを失い、ひどく後悔する。彼女は洋介のミューズで、その存在が彼の創造性を活性化するのだ。彼は分別を失うほど執着し、彼女を見つけるため街を捜し回る。

このシリーズは初めのうち、漫画の方向性がはっきりしない。1973年から1974年にかけて、『奇子』と『シュマリ』という2つの大作の合間に、気分休めのように描かれた。エピソードを並べる形で、作家は「芸術のデカニズムと狂気にはさまれた男の物語」(*作者あとがきより)を詳細に描こうとする。背景となるのは、洋介の幻覚と混ざり合ったファンタジーの辺境だ。彼は女性を口説こうとするが、関係を結ぼうとした時に、相手が犬やマネキンだと気づく。作者は現実と虚構を分ける細い境界線を定期的にぼかし、読者を煙に巻いて楽しんでいる。

物語はバルボラの母ムネーモシュネーの登場で、流れが変わる(ギリシャ神話の女神で、本作ではヴィレンドルフのヴィーナスの姿で描かれる)。ここから物語はミステリアスな話から、難解なオカルトへとトーンが変わるのだ。作者はブードゥー教をはじめ様々な神秘主義の儀式を、喜々として取り上げていく。こうした儀式は、謎だらけのバルボラと常に結びついている。

手塚は、この漠然とした側面を加えることで、超現実的な作品について読者に疑問を生じさせる。バルボラはミューズなのか、幸せをもたらす魔女なのか?儀式や他の摩訶不思議な信仰は現実なのか、洋介の精神錯乱によるものなのか?バルボラ捜しの抑えきれない欲望は、愛の欠乏によるものか、それとも彼の創造力を満たすための必要性からなのか?いくつもの疑問に物語は答えていく。

手塚が本作のあとがきで述べているように、「バルボラは芸術の寓意と言える」(*あとがきの「芸術の本来の姿」という記述を指すと思われる)。洋介の長い旅は、芸術的な創造と、創造性の欠如によってさいなまれ、インスピレーションの源に執着する芸術家の苦しみを、描き出すものだ。

物語の中で、作者はヴェルレーヌやボードレール、ヘミングウェイの他に15人ほどの名前に言及したり、引用している。こうした引用から、作者が芸術に精通しており、作品を通じて分かち合おうとするのが分かる。さらに、本作は1881年のオッフェンバッハのオペラ『ホフマン物語』にインスピレーションを得ている。

ある作品をどう評価するか?という問いに、作者は結論を出している。「結局のところ、作品の価値は紹介される場所と、注目を集めるための努力によって決まる」。シンプルな「ヘタな絵」でも、観る人によって名作と受け取られることもある。こうして、作者は作品の評価と、芸術家の成功や人気や悪評に疑問を投げかける。

手塚はすでに『アラバスター』で、美を題材にしている。『ばるぼら』では、芸術的な世界に対する彼の見解を取り入れ、神秘と魔術の要素を加えることで、物語に深みと特異性を持たせている。さらに作者は物語を、この上なく見事に適切な結末で終えている。

デッサン
作者の描線は、登場人物の状況や感情を通した現実を表そうとしている。たとえば洋介が幻覚を見ているとき、デッサンはちらついたり曲がった線でゆがめられる。全体の展望は変わり、作者は内面の葛藤を表現するために、視点とカット割りを工夫している。あとはキャリア終盤のいつものデッサンであり、今日の読者の目には価値あるヴィンテージとして映るだろう。登場人物のプロポーションで雑に見受けられるものがあるのは、残念だ。

(フランスでの)出版
2005年にデルクール出版(les Éditions Delcourt)がアカタ・ブランド(le label Akata)で、『ばるぼら』を初出版した。標準的なフォーマット(約13×18cm)で紙質がよく、印刷技術も高く、長年の経年に耐えるものだ。取り外せるカバーには手塚コレクション(collection TEZUKA)の絵が使われたが、あまりウケのいいデザインではない。このエディションではオノマトペも翻訳され、1982年の作者あとがきも収録されているため、作品の理解に非常に役立っている。すばらしいエディションである。

手塚の生誕90年を記念して、デルクール/トンカム(Delcourt/Tonkam)が本作を1冊にまとめ、大きなフォーマット(約16×21cm)で再出版した。カバーは取り外しができ、栞が付いている。翻訳はそのままで、レタリングの修正を加えている。新しい表紙は、物語を図表の形で完璧に表現した渦巻きを取り入れた。これぞ最高のクオリティのエディションだ!

結論
手塚は『ばるぼら』で、芸術家とそのインスピレーションを深遠なオカルトの物語に位置づけ、芸術を背景にして描くことに成功している。2つの大作の合間に精力的に描き上げた物語の中に、いくつものサブテーマを含めている。

作者:手塚治虫
イラスト:手塚治虫
翻訳者:ジャック・ラローズ(Jacques Lalloz)
オリジナル・タイトル:『ばるぼら』

(翻訳 by 岩辺いずみ

 

この記事が気に入ったら
いいね!しよう

最新情報をお届けします

Twitter でBadCats Weeklyをフォローしよう!